
A la fois intermédiaire des échanges, parure ou amulette, le cauri a toujours eu de multiples fonctions en Chine ou en Afrique.
Le Bénin et le Burkina Faso utilisent encore les cauris en complément du franc CFA. Toutefois, ces coquillages de petite taille, homogènes et portables ne forment que la menue monnaie. Le cauri a une charge symbolique. Tout d’abord, sa forme peut évoquer une représentation du sexe féminin ; il est alors signe de beauté et de fécondité. L’appellation cypraea, donnée au XVIIIe siècle par les naturalistes européens, renvoie d’ailleurs au personnage de Vénus en hommage à la beauté de ce coquillage. En Afrique et dans les diasporas africaines, ces coquillages peuvent être mobilisés dans les rituels des féticheurs, guérisseurs et autres sorciers pour révéler quelques secrets. Ensuite, le cauri reste un symbole de la fortune. Les « Cauris d’or », par exemple, sont une des manifestations du Mouvement des Entreprises du Sénégal (MEDS) pour récompenser les chefs d’entreprises qui réussissent. Enfin, le cauri a été choisi comme emblème de la Banque de développement du Mali.

En Chine, le pictogramme qui représente le coquillage ou cauris (貝 ou贝, bèi), est devenu le symbole de la valeur et des objets précieux ou chers. Pour écrire le terme de richesse, 财(cái), on mobilise deux caractères, le premier, donnant le sens, évoque le cauri (贝, bèi), le seconde, donnant le son, renvoie à l’aptitude, la capacité. D’une manière générale, les marchandises (货, huò), les biens qui sont précieux ou coûteux (贵, guì) qui s’achètent (购, gòu) ou se vendent, mobilisent le caractère qui renvoie au coquillage.
Présentant l’idéogramme désignant un trésor « 寶 » (băo), Cyrille J.-D. Javary[1] souligne que « dans sa graphie traditionnelle, cet idéogramme montre un amoncellement de choses précieuses, en bas des cauris (貝, bèi), au-dessus à gauche, des vases, à coté à droite du jade, tout cela soigneusement mis à l’abris sous un toit. » Bref, du concept de capital (资 zī), célèbre dans l’ouvrage de Karl Marx (资本论, Le Capital, 1867) à celui de monnaie en circulation (通货 tōnghuò), l’idéogramme du coquillage honore la mémoire monétaire des cauris, même au temps d’internet puisque la firme Paypal (贝宝) ne déroge pas à la règle.

[1] Cyrille J.-D. Javary (2008) 100 mots pour comprendre les Chinois, Éditions Albin Michel